Rencontre avec M. MBougar Sarr, lauréat du prix Métis des Lycéens 2016

L'auteur lauréat du Prix Métis 2016 : Mohamed MBougar Sarr

L’auteur lauréat du Prix Métis 2016 : Mohamed Mbougar Sarr

Le 7 octobre 2016 a eu lieu la rencontre avec Mbougar Sarr, premier écrivain à remporter le Prix Métis et le Prix Métis des Lycéens 2015-2016 : les deux jurys ont récompensé ce magnifique roman qui nous entraîne dans la lutte épique d’un petit groupe d’habitants contre les milices islamistes qui font régner la terreur.
Pendant plus de deux heures, le jeune auteur qui n’a qu’une dizaine d’années de plus que les élèves qu’il était venu rencontrer, s’est plié au jeu des questions-réponses avec amabilité, patience et parfois quelques pointes d’humour, et a partagé avec les vingt-deux élèves de 1ère ES1, de la 2nde 3, et quelques participants de l’année précédente, Alyzée, Shaaheena et Stéphane (1e L et 1e STL), son expérience d’auteur.

 

LA PASSION DE LA LECTURE ET DE L’ECRITURE

Dès l’âge de cinq-six ans, M.MBougar Sarr a été pris par la passion de la lecture et écrivait régulièrement.  C’est en 2012 qu’il a fini son premier roman Terre Ceinte.laureat-pxmetis2016-m-mbougar-sarr_03_redim
Il n’avait jamais imaginé lorsqu’il était adolescent devenir un jour écrivain. Il explique qu’une fois que son livre a franchi le cercle des amis à qui il l’avait soumis, celui-ci a eu sa vie propre, s’est mis à voyager et à obtenir des prix. Son ambition littéraire a dépassé ce qu’il espérait.
Ecrire est une « urgence personnelle ». Parce qu’il a quelque chose à dire, parce qu’il veut donner une voix à sa propre existence intérieure, il s’est naturellement mis à l’écriture.

 

TERRE CEINTE.

La première scène du roman est tirée d’ une expérience personnelle : c’est un événement dont il a été témoin.  Si ce fut le point de départ du roman, ce qui lui a donné vraiment l’envie de le faire aboutir , c’est l’actualité du Mali  en 2012, lorsque des milices fanatiques ont ravagé le pays.roman-terre-ceinte-prime_01_redim

Touché de voir l’histoire et la richesse de cet état malmenées, il a tenté de montrer la perversité du projet djihadiste.

Ces derniers ont la volonté lorsqu’ils arrivent dans un lieu de le rendre « sain »et « saint » mais ce qui se passe en réalité c’est l’enfermement des habitants dans un climat de terreur et de silence. En les privant de leur liberté, ils créent un espace « ceint », fermé, d’où le titre de l’œuvre qui a été trouvé, comme il nous le précise malicieusement, au moment où il faisait la vaisselle !
Les personnages de Terre ceinte sont un assemblage de personnes qu’il a rencontrées et qui l’ont marqué, d’amis, de membres de sa famille. Ainsi, le personnage de Camara lui a été inspiré par sa propre mère alors que d’autres personnages sont de pures constructions.
Il espère par ce roman avoir contribué, même légèrement, à une réflexion sur toutes les formes d’oppression.

LE TRAVAIL DE L’ECRITURE

L’écriture du roman n’a pas suivi de plan détaillé. M. Mbougar Sarr nous explique qu’à partir d’une base, il écrit avec « insouciance », sans se laisser porter par l’écriture « jubilatoire » qui tourne au bavardage. Savoir que l’on a rien à perdre, c’est posséder une »fraîcheur » que l’on doit tourner à son avantage. Ainsi, il « ne se met pas la pression ». laureat-pxmetis2016-m-mbougar-sarr_02_redimCe qu’il a à dire compte, il ne fait pas un « mythe » de la page blanche et laisse venir les idées. Ensuite commence le vrai travail de l’écriture : la correction.
Au moment où il écrit, il se défie d’une trop grande émotion et veut garder le maximum de justesse. Seule la scène de flagellation de Ndey Camara l’a touché.
Lorsqu’on lui demande comment il parvient à retranscrire la violence par les mots, M. MBougar explique que ce ne sont pas forcément les mots violents qui la montrent le mieux. Il va à l’essentiel et c’est la manière dont son personnage perçoit le geste, la scène, qui rendent ces derniers violents. Il ne cherche donc pas seulement à « dire » mais il montre et donne de la crédibilité à la scène.
« Il est important de ne pas duper le lecteur », c’est la raison pour laquelle il a débuté le roman par la cruelle scène de l’exécution.

« Une grande partie de ce que l’on écrit est influencé par nos lectures ». Ainsi, l’auteur fait référence à Rimbaud dans le premier chapitre du roman, et évoque les auteurs qui l’ont marqué tels Echenoz, NDiayé ou Quignard mais aussi Balzac. Sa plus grande satisfaction a été d’être reconnu par les auteurs de « Présence Africaine », une maison d’édition qui a publié des auteurs qu’il admirait, adolescent.
Toutefois, l’auteur refuse de se voir comme auteur engagé et explique que beaucoup supposent que l’écrivain africain devrait toujours être engagé à cause de l’espace dans lequel il vit où l’histoire, les crises l’ont poussé à devenir un porte-parole. Pour sa part, il se méfie de l’engagement littéraire car il suppose une posture et peut passer sous silence le vrai travail de l’écrivain. Un écrivain engagé prend le risque de devenir « engagé écrivant ». Il rappelle ainsi qu’un écrivain a d’abord comme outil sa langue et que les plus grands textes engagés sont avant tout de grands textes littéraires. Aussi, comme citoyen, il est prêt à prendre la défense de causes justes, mais il est plus réticent en tant qu’écrivain car cela renvoie à une étiquette qui génère des attentes brimant la sensibilité des écrivains.

Au cours de l’entretien, l’auteur a justifié la fin du roman -que nous vous invitons à lire- et précise qu’il a voulu laisser à son lecteur le choix d’imaginer ce qui pourrait se passer ensuite.

Il a également prodigué quelques conseils à ceux qui ont l’envie d’écrire et a répondu avec gentillesse sur ses passions et ses occupations.

Les élèves ont tenu à le remercier en lui offrant un chapeau -accessoire qu’il affectionne- et des produits de notre île.

L'auteur recevant son cadeau

L’auteur recevant son cadeau

Merci à l’auteur M. Mbougar Sarr pour cette magnifique rencontre ; à Leyya, Lola, Laurianne, Julie, Danial, Nani, Rania …
à Marc-Antoine pour ses photos; à  Antoni
à toute la 1ere ES1 pour leur investissement
à Shaaheena, Alyzée et Stéphane de la 1e L et STL
à Maëva, et Maliza de la 203
et à Mme C. Hervé-Montel, référente culture du lycée.

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Reportage réalisé par Mme S. Dimitric, enseignante de lettres au lycée Lislet Geoffroy